Femme et travail: coq ou quotas, la question du siècle !

La question du siècle est : « Etes-vous pour ou contre les quotas ? ». Cette question vous a été posée cent fois, et elle sera une priorité politique et sociale de ces prochaines années. La loi du 27 janvier 2011 votée en France a ouvert la brèche, préparez-vous à une nouvelle révolution.  Personnellement, je suis pour ET contre les quotas. En ce sens, je rejoins beaucoup de mes ami-e-s qui sont soit pour soit contre, qui étaient contre et qui sont devenues pour, ou inversement. Tout dépend du point de vue.
La France en exemple
Pour les quotas car si nous devons attendre que la gravitation naturelle des choses se fasse, il y aura des femmes quand les poules auront des dents, ou juste avant peut-être…Contre les quotas car une femme devrait être choisie pour ses compétences (égales à celles de son collègue masculin) et non parce qu’elle est une femme.  A mes yeux, le vrai problème est ailleurs. La France va nous montrer l’exemple : en 2017, il y aura 40% de femmes dans les conseils d’administration. Ouf, enfin. Oui, mais…
femmes alibis?
D’un point de vue structurel, si un homme de pouvoir est un homme qui a les compétences (dites masculines) de l’autorité, de la compétition voire de l’agressivité, et que si ces compétences sont considérées comme nécessaires à l’exercice du dit pouvoir, les femmes qui vont occuper les fauteuils rendus vacants auront des compétences (dites masculines) d’autorité, de compétition voire d’agressivité. Au regard de certain-e-s, une femme possède en général les compétences, valeurs ou qualités (dites féminines) suivantes : l’empathie, l’écoute, la douceur, la gentillesse etc. Une femme ayant ces qualités ne sera donc pas au pouvoir, ou alors elle y sera en tant que femme-alibi. Donc d’un point de vue structurel, tant que l’entreprise fonctionnera sur le mode de la pyramide (de type militaire), hyper hiérarchisée et se fondant sur les lois libérales de la concurrence et de la compétitivité, les femmes dites féminines n’y seront pas.
Signer un contrat dans un bar à champagne?
D’un point de vue organisationnel, si un homme peut voyager tous les jours, courir voir un client qui éternue un peu à la lecture des nouveaux tarifs, travailler tard le soir, surtout quand il y a les matchs de foot qui décalent tout le boulot, aller prendre des verres avec des prospects dans des supers bars avec des supers nanas pour signer des supers contrats, la femme, elle, pour peu qu’elle ait enfanté, se retrouve plantée avec sa double carrière. Voyager la semaine ? Oui mais qui gardera les gamins le soir après la crèche ? Courir vers un client aujourd’hui même parce qu’il se sent chatouillé dans son portefeuille ? Oui mais qui ira chercher les enfants après l’école ? Rester tard le soir pour finaliser un dossier ? Oui mais qui fera à manger ? Et quand bien même elle serait célibatante, irait-elle signer un contrat dans un bar à champagne, cigare au poing, un gigolo sur ses genoux ? Non, bien sûr, pas tous les hommes ne sont comme ça. Mais disons donc que d’un point de vue organisationnel, tant que l’entreprise fonctionnera sur des horaires incompatibles avec la gestion d’une famille, les femmes carriéristes auront intérêt à apprendre rapidement le sommeil flash.
D’un point de vue social, tant que les femmes seront placardées à moitié nues sur les murs de la ville avec un regard langoureux, il sera difficile de parler à une femme sans imaginer la taille de son soutien-gorge. La femme commercialisée stigmatise le mieux la parole ancestrale qui a été répétée aux femmes jusqu’à la nausée : « sois belle et tais-toi ». Avoir un corps qui plaise, et mieux encore, qui plaise à la femme elle-même, la rendant « victime complice » d’un mal étrange qui perdure au-delà de la raison : le sexisme. Voilà le piège infernal. Comment vont-elles s’habiller les femmes qui seront au pouvoir ? Comment vont-elles réagir aux propos de leurs collègues hommes sur la longueur de leur jupe ou leur nouvelle coiffure ? Comment être une femme par son corps sans n’être évaluée que par son corps ? Donc du point de vue social, tant que la femme sera considérée comme un objet de désir sexuel avant toute chose, il sera difficile pour elle de se sentir sujet sans devenir schizophrène
Etre ou jouer à être « masculine »
En conclusion, tant que les barrières structurelles, organisationnelles et sociales ne sont pas envisagées parallèlement à l’accession des femmes au pouvoir, je vois assez mal comment ma fille et ses copines pourront tout gérer de front : être ou « jouer » à être masculine pour régater au travail ; avoir une super nounou au noir ou un mari au foyer (si fréquent) pour s’occuper de la PME famille quand elle sera en voyage et résister au « sois belle et tais-toi », soit en étant moche, ce qui est difficile quand on voit ma fille et ses copines, ou bien apprendre, comme nos arrière-grand-mères, à s’armer de silence… ce qui me semble heureusement impossible aujourd’hui.
Alors quoi ? me direz-vous ? Pour ou contre les quotas ? Je suis pour ET contre les quotas, au travail ET à la maison. Que chacun effectue son quota de tâches au bureau et dans le foyer. Que les charges soient partagées, que les enfants aient des parents, et non seulement des mamans, que les patrons aient des secrétaires hommes, que les femmes aient des enfants ET une carrière. Le problème des quotas, comme beaucoup d’autres aspects féminins, est qu’il ne s’occupe que des femmes. Imposer des femmes à des hommes qui n’en veulent pas risque de provoquer des réactions de rejet bien plus préjudiciables que le machisme. Imposer, sans convaincre, forcer sans faire adhérer, obliger sans donner de contrepartie me semble bien périlleux.
Guerres de genre au sein des entreprises?
Oui il faut des femmes dans les conseils d’administration, et dans les comités exécutifs. Oui il faut des femmes dans les sphères élevées des entreprises. Oui il faut des hommes présents à la maison. Oui il faut des hommes qui puissent avouer qu’ils n’aiment pas le foot ou les soirées cigares. Les quotas sont indispensables, mais ils doivent être accompagnés, sinon on se retrouvera devant des grandes guerres de genre au sein des entreprises. Entre celles qui séduiront et celles qui subiront. Car tant que les hommes sont au pouvoir, ils édictent les règles que eux veulent, quotas ou pas. Le message d’espoir qui dit que quand les femmes seront au pouvoir, les choses changeront, est le message de la poule ou de l’œuf. Quand l’un est, l’autre devient. Il faut instaurer des quotas et accompagner les changements. Car il ne faut pas oublier que pour faire une poule, ou pour faire un œuf, il faut encore et toujours un coq !

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