OUI, MAIS… combien de fois ces deux mots sont-ils exprimés ? Combien de fois entend-on ce petit « oui », rassurant, suivi du tout aussi petit « mais », cassant ?

Assis devant votre télévision, devant une émission dans laquelle on vous fait croire que tous ces gens sont assis avec vous dans votre salon, ou, mieux, que vous êtes assis au milieu d’eux dans leur salon. Prenez le temps de l’observation. Ouvrez grandes vos oreilles (vos yeux le sont déjà) et écoutez. Celui qui a le micro va poser une question, à laquelle va répondre la personne à sa gauche, qui fait une passe à celui assis en face de lui, le ballon est intercepté par la femme au centre, qui elle prononce, haut et fort, le premier « oui, mais » de la soirée. Vous en avez le souffle coupé, « un à zéro » pour la dame. Le monsieur de gauche ne se laisse pas démonter, il reprend des forces, s’élance dans la mêlée, ose un ricochet et lance, le plus loin qu’il peut, son « oui, mais ». Score ? « un à un ». Continuez à regarder, et faites le compte, en fin de match, combien de « oui, mais » ont été tirés. Vous pouvez répéter l’opération le lendemain, et faire une statistique passionnante !

Cet anodin « oui, mais » est un tic de langage, une réminiscence du passé, un « truc » qui nous vient de l’enfance, quand du haut de ses deux, trois ans, le petit bout de chou a compris le pouvoir du « non ». Il – ou elle dit – « non » à tout, qu’il aime ou pas, il use et abuse de son apprentissage de la deuxième étape du développement de l’humain, celle de l’opposition. La première est celle de la dépendance. Je n’ai pas besoin de vous expliquer que le nourrisson est dépendant de sa maman – et de son papa. Ensuite, il comprend qu’il a été « trompé », sa mère est une autre personne. Du coup, il s’oppose à tout. Non, non, non. Puis il grandit, et une décennie et une puberté plus tard, il en remet une couche, avec son adolescence. C’est l’effet « kiss cool », la deuxième phase d’opposition où le grand boutonneux, ou la petite boulotte, remet tout, mais absolument tout en cause, quoi que vous, parents, disiez, c’est « ringard ». Par chance, chez certains, ça passe. Ceux qui le vivent bien, ou vite. Malheureusement, chez d’autres, on arrive à une résurgence, une troisième vague, un effet « baba cool », ancré dans un joli slogan d’étudiants adulescents (certains diraient attardés, mais pas moi, je vous promets) « il est interdit d’interdire ».

La difficulté avec cette troisième étape est qu’en face de vous, vous avez des « adultes ». Oui, mais… Le oui accorde, le mais oppose. Comme un train dans lequel on voudrait mettre des wagons les uns derrière les autres, sans les accrocher. Vous voyez le résultat ? Plein de wagons, mais pas de train.

Ecoutez à la terrasse du bistrot, chez le coiffeur, dans le bus, au bureau. « On pourrait aller en vacances à la montagne ? » Réponse : « oui mais, il va pleuvoir ». Ou bien : « Tu pourrais postuler pour ce poste ? » Réponse : « oui mais, je ne parle pas anglais ». Autre propos : « On pourrait aller voir ta mère ce dimanche ? » Réponse : « oui mais Mémé met des moufles ».

Oui, car ces deux petits mots attachés ensemble font du lien entre des éléments qui n’ont rien à voir ensemble. Vous pouvez mettre n’importe quoi derrière ce « oui, mais », vous obtiendrez l’effet qui est de « casser » ou nier la première partie, la proposition, l’idée.

Imaginez, vous êtes en haut d’une colline, c’est beau, le ciel est bleu, le soleil fait briller les toits au loin, la vallée est verte, vous entendez des oiseaux, vous écoutez le vent, il fait tiède, les parfums de fleurs vous enivrent… oui, mais, il y a une poubelle déchargée sauvagement sous un pin.

Vous sentez l’effet ? Bam, la baffe. C’est fini la poésie. Vous me direz, « oui, mais il y a une poubelle sous le pin ». Oui, c’est vrai. Alors ?

Alors, essayez de refaire l’exercice en remplaçant ce « mais » par un tout petit « et ». Par exemple : « On va à la montagne pour les vacances ? » Réponses : « oui, et s’il risque de pleuvoir ? », « alors on ira aux champignons ». Ou bien : » Tu vas postuler pour ce poste ? » Réponse : « Oui et pourtant, je ne parle pas anglais » Qui peut déboucher sur un « je peux apprendre, ou, je parle espagnol… »

Vous voyez le train ? Les wagons sont tous différents, et ils sont connectés. Vous obtenez un train, il peut avancer. « On va voir ta mère ce dimanche ? », « Oui, et tu sais qu’elle met des moufles ? » , « Alors on lui coupera sa viande ».

Dans le match verbal entre des personnes qui remplacent le « oui, mais » par un « oui, et », vous quittez l’opposition pour vous diriger vers la co-construction. Ce n’est plus un score de « un à zéro », « un qui gagne et un qui perd », c’est un score de « un qui gagne et un qui gagne », deux qui gagnent, ce qui fait trois.

Imaginez, vous êtes en haut d’une colline, c’est beau, le ciel est bleu, le soleil fait briller les toits au loin, la vallée est verte, vous entendez des oiseaux, vous écoutez le vent, il fait tiède, les parfums de fleurs vous enivrent… oui, et, il y a une poubelle déchargée sauvagement sous un pin. Je vais aller la ramasser pour la jeter au container en bas. Le cœur léger, je m’imprègne de ce paysage merveilleux que la nature nous offre.

 

CONSOMMEZ AU MINIMUM 5 « OUI ET » DANS LA JOURNEE, C’EST BON POUR LA SANTE .

 

L’ABUS DE « OUI MAIS » EST DANGEREUX POUR LA SANTE

 

Conseils donnés par le ministère du bonheur et de l’environnement, lol.