Quand on parle d’intelligence, on parle d’abord de celle de notre raison, celle qui a été développée il y a environ deux siècles et dont nous pourrions dire que notre cher Descartes en est le père. Penser, au sens de réfléchir de manière logique et… rationnelle, et devenu la panacée de notre intelligence humaine.

Je tousse. J’en connais des intelligents. Profs d’unis, doctorés, qui ont passé leur vie dans des bibliothèques (même virtuelles) à lire et étudier ce que d’autres ont écrit, ou ceux qui ont élaboré des questionnaires complexes pour prouver ce qu’ils avaient envie de prouver. Et qui vous expliquent la vie… Oui, cette intelligence est extraordinaire, elle permet de construire des ponts, des bombes, des maladies et des médicaments. C’est une intelligence qui nourrit cette même intelligence. Elle explique à notre intelligence pourquoi c’est intelligent…

D’ailleurs, cette intelligence a donné naissance à une nouvelle forme dite d’intelligence, l’intelligence artificielle. On va rendre nos robots intelligents. Il paraît qu’ils le sont déjà. Ils vous répondent au téléphone, vous donnent un rendez-vous chez le docteur. Bientôt ils « vons nou donné des conpliment », à la demende, quand nous aurons besoin, où même mieux, quand une entreprise aura besoin de vendre plus de produits, nos robots intelligents créeront le besoin en nous et, triomphants, nous l’achèterons (le truc débile dont on n’a pas besoin).

En fait, le robot intelligent va remplacer la télé, avec un avantage énorme : avant la télé était dans le salon. Puis certains l’ont mise aussi dans la cuisine (pour bien éviter de parler et de discuter avec les autres membres de la famille, s’il y en a, encore). D’autres l’ont mise dans la chambre à coucher, histoire de regarder un petit porno avant de faire des trucs sans queue ni tête, voire sans plaisir. Ou dans la salle de bains, histoire de ne pas perdre de temps avec ce corps encombrant quand il s’agit de le laver, et de pouvoir écouter les importantes informations du matin, comme la chute de l’indice ou les croustillants scandales des journalistes. On nourrit ce qu’on peut !

Et bien, le robot intelligent a un avantage certain : il est partout avec vous, plus besoin de l’allumer, plus besoin de se dire que c’est dommage qu’aux toilettes il ne soit pas avec nous pour nous aider à oublier qu’on fait aussi caca… il sera partout, pour notre « petit cerveau ». Je l’appelle « petit cerveau » ce Frankenstein d’enfant gâté qui veut tout et se croit tout permis. Qui croît qu’il dirige tout, contrôle tout, qui donne des ordres, critique, juge, se permet tout, étant au centre de l’attention de l’humain. Et dire que ça va faire deux siècles que ça dure, avec une sacrée accélération ces derniers temps !

On peut espérer que notre Être va bientôt passer en mode adulte, et que ces enfantillages destructeurs, narcissiques, externes, superficiels, destructeurs pour l’humain, sa planète et le vivant en général, vont faire place à une vision respectueuse de la « divine intelligence » qui nous habite, l’intelligence biologique.

Regardez la tomate qui se trouve dans un jardin (ou dans votre frigo si vous n’avez pas de jardin à proximité), ou la fleur, ou la feuille de l’arbre, ou l’herbe qui pousse dans un coin de bitume, ou le géant qui regarde passer les voitures.

Prenez une feuille morte dans votre main. Essayez, je dis bien essayez, de prendre conscience de tout ce qu’il a fallu pour créer cette feuille. De la matière, de l’eau, des ingrédients qui nous échappent pour la couleur, la texture, le goût, l’odeur… Quelque chose de magique qui fait que cette feuille que vous tenez à la main est identique, ou presque, à celles qui se trouvent par terre. Toutes les feuilles de cet arbre sont similaires. Et n’ont rien à voir avec celles d’un rosier, qui lui « sait » que ses feuilles sont comme elles sont, que ses tiges ont des épines, très régulières, et que ses fleurs, petites ou grandes, sont toutes similaires.

Votre feuille dans votre main est unique, et pourtant elle fait partie d’une famille de feuilles. En plus, génie parmi les génies, quand elle se détruira, non seulement elle ne polluera pas, mais en plus, ses nutriments vont nourrir son arbre, et ceux qui l’entourent. La feuille est généreuse de ce qu’elle donne à sa famille et aux autres.

Prenez un robot… je n’ai même pas envie de vous en parler, tant je trouve ce Frankenstein petit et dérisoire. Vous savez ce que vous dit un ingénieur après deux verres de vin ? Que l’avenir lui fait peur, que l’IA est une angoisse, une menace. Et vous savez quoi ? Ce sont les ingénieurs qui créent les robots en tout genre. Ils créent ce qui leur fait peur…

Et si on créait ce qu’on aime et qui fait du bien ?

La première étape devant cet enfant capricieux que nous sommes devenus, c’est de se poser, de remercier notre fantastique intelligence rationnelle, et de lui proposer d’observer, en silence, notre intelligence biologique. Celle qui fait fonctionner notre corps et ses circuits matériels, celle qui « se cache » dans nos intestins, dans nos tissus, dans nos cellules, dans notre sang, dans notre système pulmonaire, dans notre cerveau, dans nos synapses… La magie, le divin sont ici. Chaque humain est un temple dont la complexité, la magie, le divin sont au cœur.

Et si c’est trop dur d’envisager tout cela avec notre « petit cerveau », contentez-vous d’observer une salade. Son intelligence est déjà bien supérieure à celle du dernier robot dit intelligent.

Souriez, le divin est en vous.