Le virtualisme, comme d’autres termes en « isme » tels que le communisme, le matérialisme, le libéralisme, le fascisme, le racisme et tant d’autres, est donc un « un concept, le plus souvent idéologique ». L’idéologie du virtuel, en d’autres termes.

Ce « isme » virtuel est bien la maladie du siècle. En fait, vous le trouvez partout. D’abord dans tous vos écrans, qui vous offrent du « virtuel » comme nourriture, voir comme gavage régulier. On vous nourrit d’images et de sons qui ne veulent plus rien dire. Vous pouvez voir une plage magnifique, un coucher de soleil, une montagne… tant de lieux merveilleux alors que vous êtes assis dans un métro, dans votre salon tristoune, ou aux toilettes. Ce lieu existe-t-il seulement ? Vous pouvez effectuer un voyage entièrement virtuel, sans bouger de votre trône (non pas les toilettes)… Vous pouvez aussi regarder des émissions dans lesquelles on vous fait croire que vous êtes assis à côté des gens que vous voyez sur votre écran. Une soirée virtuelle avec des tas de personnalités, parmi lesquelles vous vous trouvez connecté, muet d’admiration.

L’amour est virtuel, vous passez sur un site faire votre commande de LA personne idéale, et quand vous vous trouvez devant la personne dont vous aviez vu la photo, plus ou moins retouchée, et les qualités, plus ou moins retouchées, vous ne retrouvez pas la personne que vous aviez imaginée. C’est du virtuel ! Vous pouvez aussi louer des mannequins, en plastiques, qui vous offrent – contre rémunération – de l’amour virtuel.

Vos jeux sont virtuels. Avant, vous étiez plusieurs autour d’une table pour échanger, rire et partager, des pions, des cartes, des objets. Vos mains triaient, mélangeaient distribuaient, comptaient. Maintenant, vos doigts pianotent sur un clavier. C’est du virtuel. Et quand vous en avez assez, vous éteignez l’ordinateur.

Le virtuel habite votre relation à l’argent, qui, de billets ou pièces que vous pouviez compter, devient une sorte de mirage chiffré qui disparaît dans des cartes en plastique. Vous vous perdez dans vos comptes et vous ne savez plus ce que vous avez ou pas, et votre angoisse, elle n’est pas virtuelle.

Quand vous analysez votre budget, vous êtes horrifié de voir la proportion de vos revenus qui servent à payer des prestations virtuelles : toutes vos assurances, tous vos impôts, toutes ces factures qui ne sont liées, ni à une finalité tangible ni à un bien, et qui ne sont pas connectées à un humain. Vous payez à des machines, qui vous parlent, sans vous comprendre. Vous payez dans le vide pour du vide. Bienvenue dans le monde virtuel.

La monnaie virtuelle créée par les organismes financiers et qui se chiffre en dizaines de zéros n’a plus aucune mesure avec un morceau de pain ou un vêtement, sans parler des crypto-monnaies qui n’ont de mérite que d’être virtuelles, de polluer beaucoup de manière bien réelle, et d’amuser certains.

Quel que soit le service que vous contactez via votre ordinateur, vous pouvez vous adresser à un petit dessin qui porte le nom d’Amélie ou de Paul, et qui vont « tenter » de répondre à vos questions. Certains robots vous prennent vos rendez-vous chez le médecin, le coiffeur. Bientôt, ils iront à votre place, ce sera tellement plus simple !

Grâce à l’intelligence artificielle, on crée des oiseaux métalliques qui volent, on crée des animaux avatars en plastique, ou mieux, des images en 3D, qui n’existent pas, qui sont des créations plus ou moins habiles, que l’on nomme et à qui on prête des émotions, virtuelles elles aussi.

En revanche, pour tester la pollution, bien réelle, les produits, bien chimiques, les émanations, bien destructrices, on utilise des vrais animaux, des vrais chiens, des vrais singes, qu’on fait souffrir jusqu’à la mort, afin de mesurer, dans la réalité, ce que le monde « réel » crée comme effets à sa virtualité.

Ce que le virtuel ne vous dit pas c’est que les relations humaines disparaissent, que les conséquences écologiques des crypto-monnaies, des clouds, des appareils en tout genre, sont la destruction de nos éco-systèmes, que l’humain perd le sens de son humanité, que ses mains ne savent plus créer, que son cœur ne sait plus aimer, que son corps devient malade, que son cerveau ne pense plus.

Le virtualisme est un vrai danger, non seulement pour l’humain et son environnement, mais aussi pour la réalité. En effet, le virtualisme remplace le monde et la nature par des images, des ersatz, du monde. Et comme le décrit si bien Dedefensa, le virtualisme s’apparente à un mensonge. En effet,

« Il s’agirait plutôt de la re-construction ou de la re-création de la réalité. Dans ce système, la notion de mensonge est transformée. Le mensonge n’est plus un accident dans une réalité complexe. Il devient une autre réalité, puis, par la puissance de sa diffusion, il devient la réalité. * »

Le virtuel n’est pas la réalité, car le virtuel n’est pas vivant. La question à se poser est de savoir ce qu’on veut donner et laisser à nos enfants, et à nous-mêmes quand nous serons vieux. Un légume dans une cage connecté à un masque d’images, des perfusions dans les veines et des sondes pour nos déchets ou des personnes transmettant, dans leur famille et leur communauté, des histoires, des gestes tendres, des présences vivantes ? Nos enfants seront-ils encore humains ? C’est à nous de le décider, ici et maintenant.

 

*http://www.dedefensa.org/article/glossairedde-virtualisme-narrative