Se réjouir signifie avoir du plaisir, avant l’événement qui va déclencher cette émotion ou sensation positive. Se re-jouir c’est jouir avant, pour ré-jouir, ou jouir une deuxième ou énième fois, pour re-jouir.

Par « jouir » on entend bien le plaisir, au sens large, pas le plaisir sexuel qui n’est qu’un plaisir parmi d’autres. On peut jouir d’un paysage, sous-entendu de la beauté du panorama. On peut jouir d’une musique qui nous transcende. On peut jouir d’un moment de silence. On peut, en fait, avoir du plaisir pour toutes choses qui font vibrer un de nos sens. Que ce soit la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût ou le toucher, on peut sentir ou ressentir un plaisir.

Se réjouir c’est sentir un plaisir avant qu’il n’ait lieu. Se réjouir de voir quelqu’un qu’on aime est un plaisir ressenti avant de rencontrer la personne en question. Se réjouir d’un bon repas dans un excellent restaurant réputé est avoir du plaisir au palais avant de déguster les bons plats. Ne dit-on pas « en avoir l’eau à la bouche » ? Cette « eau », notre salive, vient bien avant le goût effectif.

Se réjouir est donc vivre un plaisir dans l’attente d’autre chose. Et quand bien même cet « autre chose » ne se produit pas, le plaisir de la réjouissance a eu lieu. Votre merveilleux diner dans ce grand restaurant a été annulé, ou repoussé ? Vous ne pouvez nier que vous avez eu un plaisir, avant. La réalité du fait ne se produit pas, mais la pensée anticipatrice a bien généré un plaisir.

Alors pourquoi ne pas user et abuser de cette formidable faculté ? Je dois voir des gens ce samedi. Pourquoi ne pas se réjouir avant ? Pourquoi ne pas mettre en vie cette imagination qui va nous faire… plaisir ?

Comment faire ? allez-vous me dire !

Le plaisir est un présent, du présent. On a du plaisir maintenant quand on se réjouit de quelque chose qui surviendra dans le futur. Le plaisir est au présent. Alors il est aisé de penser au présent à cette réunion qui aura lieu samedi, dans le futur. La pensée au présent nous fera nous « préjouir » et la sensation de plaisir sera présente, se fera sentir au présent. Pour ce faire, il faut impérativement s’arrêter et ne pas se projeter dans « après ». La vision de mes amis réunis autour d’une table – demain – est une vision que j’ai maintenant. C’est celle-là qui provoque le plaisir. Quand je serai attablé avec mes amis autour de la table, j’aurai d’autres plaisirs : celui de manger, de boire, de discuter, de rigoler, d’écouter, d’être surpris, de faire plaisir, de partager et mille autres options de joie. Le plaisir que j’ai maintenant est celui, unique, de me réjouir. Qu’il est bon de le savourer !

Se réjouir dans ce cas-là semble s’apparenter à la notion de pré-jouir, de se faire plaisir avant, en prévoyant ce qui va se passer. Mais se réjouir peut donc aussi signifier avoir à nouveau du plaisir. Sous-entendu qu’il y a bien eu un plaisir préalable. Un peu comme si je vous dis que nous allons manger des fraises, vous aurez le plaisir du goût des fraises qui monte à la bouche, pour autant que vous ayez déjà mangé des fraises. Cette notion est très intéressante, car elle ramène à l’origine du plaisir, et à sa répétition possible par l’acte de se réjouir.

L’origine du plaisir, de la joie. Quand a-t-on développé cette faculté, cette émotion ? Probablement tout au long de sa vie. Les plaisirs changent, évoluent, s’affinent, en fonction de nos apprentissages. Que faut-il pour reconnaître l’expérience plaisir ? Sans aucun doute des éléments de la vie qui génèrent du plaisir, pour soi, dans un cadre éthique et respectueux de soi et de son environnement. Mais surtout, cela demande la capacité de reconnaître, d’identifier ce qui « en moi » se passe quand j’ai du plaisir, et de l’accepter.

J’ai du plaisir à regarder des chevaux courir dans un champ, je vois les chevaux et je sens une chaleur agréable dans mon corps, un sourire qui monte à mes joues, et l’envie de dire « regarde comme ils sont beaux ces chevaux qui courent dans le champ ». Quand la fois suivante on me proposera de faire une promenade dans la campagne, et qu’on me dira qu’il y a des chevaux, je pourrai me ré-jouir de cette promenade. Me réjouir en ayant du plaisir une deuxième fois et me réjouir en ayant, en avance, un plaisir en pensant à ces chevaux. Même si la promenade n’a pas lieu, mon plaisir a eu lieu, lui.

Quand on observe le chemin de sa vie passée, on constate qu’il est parsemé de plaisirs, de petits moments de bonheur, de joies grandes et petites. Tous ces cadeaux qui jonchent notre histoire sont des « premières fois », des premières fois de plaisir qui permettent de se reproduire, de se réjouir, encore, de ce qui a été vécu et va se répéter, et aussi de tout ce qui peut arriver de nouveau et qui va générer du plaisir. Cette spirale vertueuse s’élance vers le haut, et se nourrit de toutes les expériences, passées ou futures, vécues dans le souvenir du passé et l’imaginaire du présent.